[English text follows]
Dix milles kilomètres. Des ciels et des paysages irrationally immense*. Des villes, des villages, des visages. Des lumières, des odeurs, des sons. Autres flores, faunes, climats, saveurs, architectures, histoires, palettes. La culture dans toutes ses manifestations.
De retour, je suis confrontée aux trois temps du voyage qui coexistent en moi :
Le voyage rêvé, imaginé, esquissé, scénarisé, projeté, fantasmé, désiré, attendu.
Le voyage réel, exécuté, en acte, absorbé, engrangé, avalé, bu, vu, travaillé au corps. Le voyage avec ses éblouissements et ses ratés.
Puis, le voyage raconté, mis en mémoire par ces narrations répétées, reprises, variables, au fil des jours et des rencontres. Le voyage remémoré, petit à petit figé, décanté, réduit à des visages, des noms, des photographies, des artéfacts; des souvenirs et des oublis.
Le voyage, le voyage définitif, celui qui se dépose en moi, devient tout à la fois tout ces temps du voyage, sorte de tapisserie riche, dense, complexe, dynamique. Magma instable fait des désirs qui l’ont précédé, de la confrontation de cette imaginaire d'avant avec un flux d’images nouvelles, de réalités inouïes, autres - créant du coup un nouvel imaginaire, une ivresse, un vertige, une exaltation. Mais une exaltation douce-amère, post-partum, anticlimax de la sédentarité maintenant réintégrée.
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Ten thousand kilometers of irrationally immense* landscapes. Big skies.
Miles and miles of cities, towns, faces. Light, odors, sounds. Other floras, faunas,
climates, flavors, architectures, stories, whole color schemes before my eyes. Culture in all its incarnations.
As I return, I am confronted with three dimensions of this trip that
coexist within me:
The voyage dreamed, imagined, outlined, messily scripted, projected, fantasized, wished, awaited.
The real voyage, carried out, in motion, in action, swallowed in, day in day out, mile after mile. The voyage with its dazzlings
and its failures.
Then, as the days go by and I meet people, this trip becomes slowly inscribed in my memory, by these repeated narratives,
recounting, versions never quite the same, never quite different. The trip now remembered, gradually solidified, decanted, reduced to faces,
names, photographs, artifacts. Memories. And lapses of memory.
The trip, the final version of this trip, that one which will settle in
me, is a blend of all that, of the various stages of it. What is
left is a rich tapestry, dense,
complex, dynamic. An unstable magma made of the very desires that
preceded departure, then
the confrontation of my imaginary with a flow of new
images, amazing realities, great big gulps of otherness - creating a new set of images, a new
imaginary, an
intoxication, a giddiness, an exaltation. But at this time, a bitter-sweet exaltation,
in this postpartum, the anti-climatic time of reinstated
sedentariness.
Photographie / Picture : Montana, été/summer 2009.
[*Expression de Ellen Meloy dans The Anthropology of Turquoise.]